Ce n'est pas peu de chose
que de méditer sur un livre ;
cela dépasse de bien loin
la conversation
la plus étudiée, où l'objet change
aussitôt par la réflexion.
Le livre ne change point,
et ramène toujours.
Il faut que la pensée creuse là.

Alain (Émile-Auguste Chartier),
Les Idées et les âges, 1927.



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chèvre

Roseau

ou Le Parti d'en livre

Ni hiérarchie, ni indifférence



« Il y a une hiérarchie jusque dans l'infamie »

Jules Barbey d'Aurevilly, Les Diaboliques, 1874.

« L'indifférence n'est-elle pas devenue un mal plus répandu et plus inquiétant que la colère ? »

Jacques Dufresne, Après l'homme..., le cyborg, Multimondes, 2005.

À Didier S. qui, dans un courriel, demande :  « lorsque vous parlez des langues se moulant dans des habits qui ne supportent ni hiérarchie, ni indifférence : que voulez-vous dire exactement ? » , nous répondrons ceci :

Il y a une grande porosité tout au long de l'histoire des langues françaises1 entre le genre littéraire utilisé et la coloration de la langue écrite. Il ne s'agit pas, pour nous, d'établir une hiérarchie entre ces genres qui, des livres d'heures ou almanachs aux nouvelles ou romans en passant par des chants ou poèmes, vont déployer des trésors de rythmes, de vocabulaires et de styles propres. Cependant, ne pas céder à une hiérarchisation hors propos et, disons-le, stupide, ne veut pas dire être indifférent à la qualité même de l'œuvre et celle de la langue employée. Les goûts et les couleurs sont des questions trop vives pour ne pas être discutées.

Pour illustrer ceci, nous tirerons de nos récentes lectures deux extraits qui ouvrent le débat :

« On sait le paradoxe culturel de Mai 68 : les manifestants défilaient derrière des drapeaux rouges alors qu'ils enterraient le communisme et faisaient la promotion d'une “ contre-culture ” imitée des Etats-Unis. La littérature n'y était plus un enjeu que se disputaient les classes et les générations, mais un hors-jeu du champ culturel. La jeunesse se définissait moins comme classe d'âge dans un processus biologique d'opposition et de succession des générations que comme “ communauté ” distincte. Faite des éléments réputés marginaux, mineurs ou vulgaires de la culture établie – bande dessinée, science-fiction, musique de variété, roman-photo –, sa “ contre-culture ” s'en prenait, en théorie, à toutes les manifestations du mythe artistique de la valeur. Sans comprendre – ou trop tard – qu'elle faisait ainsi place nette à la domination d'une valeur unique universelle : celle de la marchandise. »

Pierre Lepape, Le Pays de la littérature : des Serments de Strasbourg à l'enterrement de Sartre, Seuil, 2003.

« La langue, cette richesse de l'homme, et ses usages, cette élaboration de la communauté sociale, sont des œuvres sacrées. Qu'elles évoluent avec le temps, se transforment, s'oublient et renaissent tandis, que, parfois, leur transgression devient la source d'une plus grande fécondité, ne change rien au fait que pour prendre avec elles ce droit du jeu et du changement, il faut au préalable leur avoir déclaré pleine sujétion. »

Muriel Barbery, L'Élégance du hérisson, Gallimard, 2006.



1. Le pluriel est volontaire. Chrétien de Troyes, romancier du XIIe siècle, écrit dans Cligès (graphie actuelle) :
« Et li luz fuit por le veiron
Et le lyon chace li cerfs
 »
la traduction serait : « Le brochet fuit devant le vairon et le cerf poursuit le lion ».
in Nouvelle histoire de la langue française,  sous la direction de Jacques Chaurand, Seuil, 1999.



Roseau, mis à jour le 30-01-2008

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