La haine d'un sot livre
est un sentiment
très inutile en soi ;
mais qui a son prix
s'il ravive en nous
l'amour et La soif
de ceux qui sont bons.

Emile Faguet,
L'Art de lire, 1911.



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chèvre

Roseau

ou Le Parti d'en livre

Brumerge éditions



« Avec infiniment de brumes à venir… »

Octobre aime les nappes de brume. Elles ondoient dans les bocages, ouatent les rivières, voilent les humeurs légères, ravissent lorsqu’elles s’estompent. Elles invitent à la mélancolie, à la nostalgie. Il suffit pourtant d’une brise légère pour qu’elles deviennent volutes. Le paysage et ses contours se font nets, comme le seraient ceux d’un vaisseau englouti émergeant des abysses. Le sourire de cette découverte pourrait s’appeler Brumerge.

Savoir l’origine d’un mot a son importance. Il décide souvent de son avenir. D’aucuns disent que Brumerge serait un vulgaire acronyme composé des initiales de ses concepteurs, né aux confins de la Suède, de la Belgique et de la France. Ce serait oublier l’inspiration et ses facéties. Maturation d’octobre ou de brumaire ne peuvent tromper. Le vin, ce nectar des dieux, est là pour nous le rappeler.

Brumerge a souvent pour compagnon fidèle un nom pluriel : éditions. Serait-ce une nouvelle maison d’édition ? Pas exactement, il s’agit, plus précisément, d’un regroupement d’auteurs mettant en commun leurs compétences en vue d’éditer leurs ouvrages ; éviter ainsi de se retrouver le bec dans l’eau à ne pas savoir comment s’y prendre lorsqu’on est seul. Même si la démarche n’est pas nouvelle – pourquoi nouveauté serait-elle qualité ? -, elle a quelques particularités : tous les manuscrits sont, au préalable, portés à la connaissance de tous sous forme numérique ; plus tard, lorsque l’œuvre est adoptée, elle demeure accessible par cette voie. L’ouvrage papier, le livre, est imprimé à la demande. Seuls les frais d’impression et de port sont facturés au lecteur qui a pu, tout à loisir, feuilleter l’ouvrage dans sa version numérique.

Le Roseau salue cette initiative sympathique, en rodage et en apprentissage, promise à un bel avenir à la hauteur de l’alchimie qui fait coopérer ses auteurs.

Sympathique ? Nous n’avons pu nous retenir de visiter quatre auteurs des éditions Brumerge ; le voyage fut long : des rives de la Baltique à celles de la Méditerranée, des Alpes aux beffrois bruxellois. Voici, brièvement, ce que nous avons recueilli, en posant cette simple question :
« Pour vous : qu'est-ce que les éditions Brumerge ? »

Philippe Mermod : « C'est une manière sympa et efficace pour auto-éditer et promouvoir ses œuvres (et celles d'auteurs que l'on apprécie). L'union fait la force : on utilise les compétences de chaque membre, et la publicité que chacun fait pour ses ouvrages profite aussi aux autres. Un exemple idéalisé de nouvelle publication Brumerge : je fais la mise en page, Marc la couverture, Bernard l'incorpore au site et à la boutique, et Carine va en parler sur des blogs.

Brumerge rassemble des ouvrages originaux d'auteurs qui méritent d'être mieux connus. »

Yacine Khalfi : « Ce qu'il y a de bien chez Brumerge c'est, à mon avis, une démarche originale pour mettre, à la portée du public, des livres au prix abordable, surtout que les frais de port m'ont semblé très compétitifs par rapport, par exemple à Lulu.com. Tout au moins pour les ouvrages pas très volumineux. Les créations de Carine Geerts et Bernard Fauren offrent des lectures très intéressantes à un prix nettement inférieur à ceux qu'on découvre en librairie. Ainsi, il est prouvé que la littérature de langue française, pour ceux qui préfèrent les livres « papier » (je pense qu'ils sont la majorité), peut s'affranchir des « griffes » des éditeurs traditionnels, grâce à Internet.

D'autant plus que les téléchargements, sous format pdf., sont libres et gratuits. Bien que la lecture permanente à l'écran ne présente pas les commodités comparables aux livres « brochés » ou de « poche », qu'on a un plaisir à tenir entre les mains.

Ce n'est pas tellement une nouveauté mais elle illustre la volonté de ses auteurs, d'échapper aux pesanteurs des autres formes d'édition. »

Carine Geerts : « Pour commencer Brumerge est avant tout, à mes yeux, une manière de diffuser nos ouvrages auprès de potentiels lecteurs mais aussi la « fierté » de se dire que nous sommes passés par toutes les phases de l'auto-édition ; en partant de l'écriture, nous faisons la mise en page, la présentation dans la vitrine de Brumerge ; nous prenons contact avec l'imprimeur en discutant des prix, des frais de port ; nous nous occupons de la diffusion dans les blogs et les forums… Bref, tout cela est tout nouveau pour nous et nous en sommes fiers.

De plus, il y a une certaine cohésion dans notre groupe et nous nous entendons bien dans la répartition des charges à accomplir.
Nous sommes étonnés et ravis de la manière dont Brumerge est accueilli et cela nous pousse à persévérer dans nos efforts. »

Bernard Fauren : « Comme il est dit, dans presque toutes nos présentations : c'est d'abord un collectif d'auteurs... réunis par l'adversité, puisque nous avons tous dû quitter le site sur lequel nous étions, en l'espace de quelques semaines. C'est donc d'abord le désir de construire une maison à nous qui a commencé avec le forum de l'Huître Perlière. Je me souviens que j'étais encore en Inde quand nous avons lancé l'idée d'un blog collectif, pour compléter le forum, afin de créer une vitrine pour nos textes. Je tapais laborieusement mes messages sur mon PDA équipé d'un téléphone avec l'option Internet. Revenu en France, fin décembre, il a fallu se battre pour sauver notre forum car nous étions chassés par notre premier hébergeur. Ensuite, nous nous sommes rendu compte qu'un blog ne serait pas pratique pour montrer nos livres, alors j'ai cherché à construire un site. Quelle rigolade : j'ai installé plusieurs sites sur le domaine becdanlo sans jamais rien comprendre à la façon de les développer car j'ignorais tous des langages nécessaires. J'ai enfin découvert wifeo qui semblait à ma portée... et voilà le résultat seulement quelques mois après (rire).

Déjà une dizaine de livres au catalogue, plusieurs dizaines d'exemplaires de vendus : un rêve qui paraît sans fin. J'ai hâte de voir sortir le prochain roman, que je connais bien, et que j'avais pressenti, en son temps, comme éligible à un prix littéraire sur Internet.

Brumerge, c'est une nouvelle façon de concevoir l'autoédition par la mutualisation des compétences... c'est passionnant et je suis sûr que nous allons faire de belles découvertes.
Il faut tout de même dire que nous avons été beaucoup séduits par la coopérative d'édition Krakoen, que nous avons rencontrée au Salon du livre de Paris en mars dernier : le coup de pouce nécessaire pour aller encore plus loin dans notre projet.

Une dernière chose : l'un d'entre nous vit en Suède, une autre en Belgique, moi-même en France... un bel exemple de ce qui peut se faire à l'échelle de l'Europe... »

Disons, haut et fort, merdre à Brumerge !

PS : si d’aventure vous souhaitez rater mieux votre barberine, pensez aussi à Brumerge.



Roseau, mis à jour le 06-06-2008

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édité par Christian Domec Licence Creative Commons édité par Christian Domec
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