Il y a des livres dont
il faut seulement goûter,
d'autres qu'il faut dévorer,
d'autres enfin,
mais en petit nombre,
qu'il faut, pour ainsi dire,
mâcher et digérer.

Francis Bacon,
Essais de morale et
de politique, 1597.



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chèvre

Roseau

ou Le Parti d'en livre

Mamazon, blogue à part, publier ?



Sur le site Babelio est visible cette critique d'une nommée Lulu :

« Voici un livre charmant, souriant et plaisant.
Les nouvelles, ordinaires ou cocasses, de la vie quotidienne d'une famille en constante évolution sont décrites avec humour, ironie et souci du détail qui fait mouche.
Les personnages sont bien vivants sous la plume de l'auteure qui se regarde elle-même agir avec une pointe de dérision.
Un très bon « journalier » à mettre entre toutes les mains... pour le lire. »

Elle concerne Mon homme au foyer de Mamazon.

Mon homme au foyer, outre son contenu, a deux caractéristiques particulières :
— c'est un blogue devenu livre,
— un autre blogue en explique la lente métamorphose.
Puis, ce qu'il y a bien avec Mamazon, c'est qu'elle dévoile publiquement — avec ses tâtonnements, ses hésitations, ses résolutions provisoires ou définitives et toujours une pointe d'humour — toutes les étapes franchies de l'écriture à la publication. Ainsi, Mamazon aime faire des énumérations, des inventaires, s'y glisse parfois subrepticement l'ombre d'un raton laveur.

Nous n'avons donc pas eu besoin de rencontrer Mamazon pour réaliser cet entretien ; nous l'avons toutefois contactée par et pour corrections.

Entretien avec Mamazon

Roseau : Quels ont été le déclencheur, l'étincelle qui t'ont amenée à écrire Mon homme au foyer ?

Mamazon : En 2003, je remplis un formulaire débile sur Internet.
— Êtes-vous le chef de famille ? Oui/non.
Je réponds : non.
— Quelle est la profession du chef de famille ?
Là, il y a le choix entre mère au foyer ou bien plein de métiers passionnants.
Le chef de famille étant mon mari, qui est père au foyer, je choisis : mère au foyer.
J'ai donc pris la décision de créer un blog sur mon homme, au foyer. Pour faire partager le rire.
En fait, lorsque la décision fut prise : mon mari serait père au foyer, j'aurais aimé lire des expériences réelles, au jour le jour, les joies, les coups de blues. Ne les ayant trouvées, j'ai décidé — par ce blog — de faire partager des scènes de notre vie sous forme de clins d'oeil qui, si on le souhaite, peuvent faire réfléchir.

Roseau : Trois ans plus tard, ton blogue contient de nombreux billets, tu décides de le transformer en livre, pourquoi ?

Mamazon : Parce que là, ma famille imprime les notes du blog pour les faire lire à ma grand-mère. Il fallait au moins en faire un truc relié un peu solide. Parce que j'adore lire dans mon bain, ou dans le métro, ou dehors sur l'herbe au milieu d'une promenade. Parce que je veux stocker un exemplaire de nos histoires dans ma bibliothèque. Les blogs sont éphémères. Mes enfants voudront peut-être, un jour, relire cette partie de leur vie. Et parce que l'idée est poussée par quelques personnes, connues de la vraie vie ou de ma cybervie.

Roseau : Tu vas alors prendre les chemins ardus de l'auto-édition, pourquoi ne pas avoir recherché un éditeur ?

Mamazon : Parce que mon but n'est pas de tirer des revenus de ce livre. Parce que j'ai découvert Lulu. J'ai aimé leur forum, la présence d'animateurs francophones et le principe : proposer un nouveau modèle d'édition (d'impression ? d'auto-édition ?) qui, sans être destiné à remplacer l'édition traditionnelle (les débats font rage à ce sujet), permet une alternative.

Parce que j'ai suivi, de près ou de loin, l'aventure de deux blogs francophones qui ont fini, ou vont finir, sur l'étagère des libraires. Dans un cas, l'éditeur a demandé la fermeture de l'accès aux notes du blog, qui n'est plus qu'une vitrine pour la vente du livre. Dans l'autre cas, seules les quelques premières lignes de chaque note subsistent.

Restreindre ou fermer le blog pour cause d'édition papier, ce n’est pas pour moi. Jamais. Juré.

Roseau : Du coup, tu t'es transformée en éditrice d'un seul livre (pour l'instant...).

Mamazon : Oui, et ce n'est pas si simple, j'ai eu de nombreuses prises de tête. Déjà, passer du blog au livre ce n'est pas évident, il faut réorganiser le contenu, choisir les billets à publier et adapter leur organisation à une maquette. J'ai foncé, puis j'ai fait relire les 7 premières pages à Papazon — mon mari, il n'a pas aimé. J'ai mis le projet en veilleuse... presque deux ans !

En fouillant le site et les forums de Lulu, je suis arrivée à quelques conclusions utiles pour redémarrer ; concernant le format, la couverture, les fichiers à transmettre pour l'impression et aussi le coût. Cela m'a permis de décoincer la réécriture et de faire une première impression de vingt pages. Le but était de relire et faire relire à mon mari. Conclusions :
— avec un « vrai » éditeur, j'imagine qu'il y aurait moins de boulot de réflexion sur la mise en page, choix de format, et tout ce dont j'ai parlé plus haut ;
— on le sait, ça va prendre du temps... plus de temps que l'on pense ;
— Il n'est pas encore prouvé que Papazon et moi arrivions à travailler ensemble. Vivre ensemble et faire des gosses, no souçaï. Travailler, vu qu'on ne tourne pas pareil ni dans le même sens ni selon le même axe... à voir.

Puis, nous avons trouvé une illustratrice, c'est Gibie...

Je passe sur les corrections, les démarches légales..., qui sont abondamment commentées sur le site Mon homme au foyer : du blog au livre, pas à pas.

Roseau : Quelle fut ton impression à la réception du premier exemplaire quatre mois plus tard ?

Mamazon : Voir et toucher un vrai livre qu'on a fait soi-même, c'est l'émotion. Je lui ai immédiatement fait subir le sort que j'inflige en général aux livres : lire à table, lire aux toilettes, lire dans le bain, lire au lit. Et lui, en plus, je l'ai annoté au crayon à papier : lister les points à revoir, il y en avait quarante ! J'avais du grain à moudre pour les jours suivants ainsi que de l'aide à solliciter.

Roseau : Quand ton livre fut-il publié ? Je veux dire : accessible à qui voulait l'avoir entre les mains et le lire.

Mamazon : Depuis mars 2007, il est disponible à la vente en se rendant à l'adresse http://www.lulu.com/zonzon et une version allégée est téléchargeable gratuitement. J'explique tout cela dans mon billet : mon homme au foyer, le livre, disponible sur Lulu.com. Une version feuilletable existe depuis mars 2008. Pour la diffusion et la distribution, différentes possibilités sont exposées dans une rubrique spécifique.

Roseau : Tu sais à quoi me fait penser cette longue préparation avant l'émotion de l'apparition du livre tant attendu?

Mamazon : Non, à quoi ?

Roseau : Devine !

Mamazon : À un auteur qui coiffe une bonne dizaine de casquettes, facile, pour sortir un objet-livre dont il n'aura pas à rougir.

Roseau : Ah, de mon côté, je pensais à ce passage du Petit prince :

« Mais la fleur n'en finissait pas de se préparer à être belle, à l'abri de sa chambre verte. Elle choisissait avec soin ses couleurs. Elle s'habillait lentement, elle ajustait un à un ses pétales. Elle ne voulait pas sortir toute fripée comme les coquelicots. Elle ne voulait apparaître que dans le plein rayonnement de sa beauté. Eh ! Oui. Elle était très coquette ! Sa toilette mystérieuse avait donc duré des jours et des jours. Et puis voici qu'un matin, justement à l'heure du lever du soleil, elle s'était montrée. Et elle, qui avait travaillé avec tant de précision, dit en bâillant :
— Ah ! Je me réveille à peine... Je vous demande pardon... Je suis encore toute décoiffée...
Le petit prince, alors, ne put contenir son admiration :
— Que vous êtes belle !
— N'est-ce pas, répondit doucement la fleur. Et je suis née en même temps que le soleil... »

Entretien non réalisé par Roseau en janvier 2008, corrigé en mai.



Roseau, mis à jour le 15-05-2008

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édité par Christian Domec Licence Creative Commons édité par Christian Domec
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